Bon, bah mon texte est là. Il n'a pas de titre... j'en attends un de quelqu'un que je fais souvent criser...
« Ah, regarde, c’est le concombre masqué !
-Trop géant ! »
Kitsune me tendait un concombre de mer avec une algue sur la ‘figure’. Ou est la tête d’un concombre de mer, d’ailleurs ? Je jetai le concombre à l’eau, vers un endroit ou nous n’irions pas marcher dessus.
Et nous continuâmes à nous baigner, petits corps bruns dans l’eau aigue-marine. Nous nous battîmes a grand renfort de gerbes d’eau salée, de cris enfantins. Nous nous poursuivions comme nous le pouvions sur la plage de sable et de galets, trébuchants et insouciants.
Epuisés, nous nous retrouvâmes dans l’eau si chaude, baignés des lueurs du couchant. C’était à ça que se résumait notre existence dans le Jardin de Sabaku no Meiro. Nous jouions. Toute la journée, toutes les journées.
Le Jardin est une grande île verdoyante. Le Vieux dit que c’est un paradis dans un monde de désolation. « Rakuen ». Il n’a que ce mot là à la bouche, le Vieux. Une fois, il m’a dit que le monde extérieur, c’était le danger. Je ne l’ai jamais cru.
« Dis, Kitsune…
-Hmm ?
-Qu’est ce qu’il y a en dehors de la mer?
-Baka ! Tu n’écoutes donc jamais ce que dit le Vieux ? En dehors du jardin, il n’y a rien pour nous. Juste la mer, et ces météores qui tombent comme partout.
-Mais qu’est ce que tu crois, Kitsune ? Tu ne penses pas qu’on vient de nulle part ? Toi qui d’habitudes es si intelligent, pourquoi ne te rends tu pas compte que nous ne sommes pas issus de cette île !
-Ikari, est ce qu’on n’est pas bien, sur cette île ? Manque-t-on de quelque chose ? Est ce que ça ne te suffit pas ? C’est le paradis, ici ! La nourriture abonde, on n’est dérangé que par les orages, … cette tranquillité, n’est ce pas ce à quoi aspire tout homme ? »
Un silence s’installa entre nous. Pour Kitsune, c’était de la colère franche, je le savais. Sa manière de se calmer, je la connaissais aussi ; il se laissait aller dans les vagues, pensées, ouïe et toutes les autres sensations jusqu’à son équilibre. Je regardais le balancement de son corps noueux.
Je ne sais pas exactement ce que j’éprouvais, mais c’était un mélange de rage impuissante et de gêne, en tout cas.
Je savais qu’ici tout le monde était uni et solidaire ; tout le monde penserait comme le Vieux et ses sages paroles. Il ne cessait de répéter « Rakuen. Oui, gamin, c’est le paradis. » Et pour le Vieux, notre vie n’était pas ailleurs.
Pendant ce silence ordinaire qui suivait toujours nos débats, je décidai de partir. Partir du paradis. Mais avant, je voulais comprendre pourquoi le Vieux faisait de ce jardin un clos. Un enclos à hommes.
గషఌసCette nuit là, pour la première fois, je n’arrivai pas à dormir. Je me suis dit que jamais plus cela n’arriverait. Jamais plus mes pensées ne seraient troublées par des illusions. Le Jardin n’était pas un Paradis.
Je n’ai pas bougé dans mon hamac, j’ai juste calculé, encore et encore, ce que j’allais dire au Vieux le lendemain. Je ne voulais pas réveiller Kitsune et les autres en me levant. Eux, ils dormaient si bien… comme des petits anges silencieux, aurait dit le Vieux. Pourquoi pas des moutons, tant qu’il y était ?
Je ne pus plus tenir. Je sortis et m’allongeai sur la plage. Je regardai les étoiles, pensif. Et je regardai aussi les météores tomber.
గషఌసLe lendemain, la maison du Vieux était devant moi. Elle était tout en haut d’une colline herbeuse. Je n’avais jamais pensé que ça ait pu être une faveur d’être placé à cet endroit là, mais je remarquai que la vue était belle par ces fenêtres. La mer, entière et bleue-verte, restait en suspens, calme, avec le ciel pour lui faire écho, troublé seulement de quelques vagues nuages.
J’entrai et le Vieux me sourit. On ne pouvait pas dire qu’il était beau, et pourtant il m’impressionnait. Il avait vécu. Il me servit une infusion amère que je ne pus refuser. Sa maison sentait bon les plantes. Il en accrochait de partout, sûrement pour les faire sécher.
« Alors, Ikari-kun, qu’est ce que tu es venu faire ?
-Boketsu-sensei, j’étais venu vous voir parce que… »
Les mots moururent dans ma gorge. Je me sentis rougir jusqu’à la racine des cheveux. Tout ce a quoi j’avais pensé et tout ce que j’avais calculé, tout ça n’avait servi à rien. Je perdais mes moyens. Rapidement, je lançai :
« Eh bien, en fait, je me demandais ce que c’était d’inventer, et…
-Ah, attends, ne bouge pas. Inventer, hein ? Lao Tseu a dit « apprendre, c’est redécouvrir par de nouveaux moyens. » Et il a également écrit « Ne faites pas ce qu’on vous dit, inventez plutôt a partir du vide. » Tu comprends, inventer, c’est outrepasser ce qu’on croit. Surpasser les règles et les croyances qui régissent le monde. Inventer va à l’encontre du préétabli. C’est ça, inventer ; tu comprends ?
-Je crois que oui. Ca veut dire que je peux faire ce que je veux, en somme ? »
Je fus surpris qu’il rie à ce moment là. Il me renvoya gentiment et je retournai au Jardin, content qu’il m’ait approuvé du premier coup, même implicitement.
గషఌసDiscrètement, je me mis à rassembler des matériaux et des outils. Travailler la nuit ne me gênait pas. Mais plusieurs fois quand je sortais, je sentais le regard acéré de Kitsune au sommeil léger sur moi. Je faisais donc comme si j’allais faire mes besoins, et je revenais la queue entre les jambes. Etant donné que l’invention violait les lois, elle devait rester secrète jusqu’à son achèvement. Si quelqu’un la surprenait, la vindicte de toute l’île s’abattrait sur moi.
Mais jamais je n’abandonnai cette idée, bien qu’elle me prit du temps, des heures et des heures de sommeil. Mais petit à petit le concept avançait, devenait plus raffiné. Je devais inventer un esquif pour briser les lois de l’île, sortir du clos en sautant par dessus le mur. Et inventer le monde au delà de ce vaste mur : la mer. J’allais enfin sortir de cet ennuyeux paradis.
గషఌసLe jour où tout fut prêt, je m’écartai des zones les plus fréquentées et lançai mon esquif : une sorte de barque à rames, creusée dans un tronc d’arbre. J’allai jusque devant la plage ou Kitsune et moi jouions, mais à un endroit inaccessible pour qu’aucun des adultes ne me rattrapent à la nage. Dans l’eau claire à côté de moi, sur un petit banc de sable, je vis un concombre de mer à côté d’une pousse d’algues et je repensai au jour du concombre masqué.
Et enfin j’appelai :
« Kitsune ! Le Vieux ! Tout le monde, regardez ! C’est Ikari ! Je vais explorer par delà la mer ! Salut, a plus ! »
J’entendis leur indignation et regardai le ciel. Bleu et sans tache. Soudain, un nuage transperça l’aveuglante lumière du soleil. Je me rassis tant bien que mal dans mon esquif qui tanguait sous mon poids. Et je commençai à ramer, ramer sur la mer.
Au bout de trois heures, je me bénis d’avoir emporté une outre et des provisions. Je mangeais de la viande séchée quand je reçus les premières gouttes de pluie. Alors je me remis en route, serein, mais je me dis qu’il faudrait bien que je trouve la terre tôt. Les vagues se mirent à enfler, à se faire plus violentes ; je n’affrontais plus de l’eau, mais des sommets gris et mouvants, tout enneigés d’écume.
Il fallait que j’arrive à la terre, sinon, tout ça n’aurait servi à rien. Je continuai à pagayer, durant une période qui me sembla être une éternité. Puis je vis un maelström. Pendant que j’étais aspiré, je me suis rendu compte d’une chose : inventer, c’est une bonne méthode pour avancer. Mais la mer, ce n’était pas le paradis. La mer, c’était une puissance immuable avec laquelle on ne plaisantait pas, car c’était elle qui imposerait sa loi. Toujours.
Pendant que le tourbillon m’aspirai, mon dernier mot, ma dernière pensée avant de sombrer dans un océan de peur fusa de mes lèvres, chuchotement au milieu de la tempête.
« Dommage. »
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-Les fourchettes, c'est cool.
-outsider au NTGA
-Chevalier (à la Petite Cuiller), Servant de Dame Azertipi de Penn-ar-Bed