Coucou les ptits loulous! J'ai trois choses à vous annoncer :
-1 : Je viens faire la fête avec vous, des idées, je vous en donne tant que vous voulez ! Un Mojito avec des glaçons, prospeeeeerr !
-2 : Plus sérieusement, je reviens d'une conférence de philo (oui, je sais me culturer parfois), et j'ai enfin re-compris pourquoi il n'y avait pas UN gagnant pour les ateliers. Donner la victoire à quelqu'un, c'est créer une inégalité, des perdants. Donc, creuser un fossé et entretenir une atmosphère de compétition... Dites merci à Albert Jacquard pour cette démonstration !
-3 : J'ai finiiii : en prime, le voila, ce textounet. Premier à lancer, premier à poster !
La Mort ne fauche pas les gens, elle raconte leur histoire. Elle n’est pas une forme encapuchonnée, mais un monde derrière le monde. C’est comme ça. L’histoire qui vous est contée se passe le jour de la Fête des Morts. Halloween ou la Toussaint, si vous préférez.
Sur une des deux portes d’un palier, il y a des citrouilles sculptées. L’autre porte est exempte de traces de seconde fête nationale (la première étant Noël, et comme chacun le sait, pas le quatre juillet). Et en dessous de la sonnette, il y a un autocollant : Juan Calavera. Comme cette histoire n’est pas celle de la porte mais celle de Juan, on va faire comme si vous pouviez passer au travers.
Juan se leva plus tôt que d’habitude. Il enfila son peignoir, alla prendre une douche, remit ledit peignoir, et se mit un café à chauffer. Etant donné que je dis chauffer, cela veut donc dire qu’il fait bouillir de l’eau dans une casserole pour y adjoindre du soluble, du sucre, et enfin le boire. Puis, après avoir ouvert le gaz, Juan se cogna le pied dans une porte. Cela lui arrache un couinement semblable à celui d’un rat blessé suivi d’un grognement quelque peu ursidé ; en effet, Juan n’était pas du matin. Ni du soir, d’ailleurs.
Il regarda par la fenêtre de son salon, et pensa qu’il faisait beau, et qu’ainsi les gosses pourraient fêter Halloween et vagabonder sans attraper de rhume. Soudain, un bruit l’intrigua. Son radio réveil entonnait Al otro lado del río, de J. Drexler. A une lettre de différence, les initiales de Juan et de Jorge dénotaient une différence notable : JD était argentin et JC immigré mexicain. Effectivement, les initiales ont une grande influence sur la nationalité.
En retournant, rassuré, contempler le dehors d’un œil bovin, il se cogna l’orteil contre un coin de porte, ce qui lui fit à nouveau pousser un couinement et un grognement caractéristiques. Il n’était vraiment pas matinal. A ce propos, pendant que le radio réveil entonnait « Creo que he visto una luz, Al otro lado del río … »(*), Juan se souvint qu’il avait oublié d’allumer la flamme du gaz. Il se précipita à la cuisine qui exhalait un fort relent méthané (à moins que ce ne fut du propane ou du butane, mais est-ce vraiment important ?) et alluma une allumette. J.C. vit une lumière, mais il en était nettement plus sûr que J.D.. Il la vit peut être même d’un peu trop près. Non, vraiment, Juan n’était pas matinal.
L’inconvénient des histoires que conte la Mort, c’est que souvent elles ont une fin inattendue, abrupte et inutile. C’est le cas de celle-ci. Mais vous vous demandez peut être ce qu’il est advenu à Juan ensuite ? Ah, si vous vous posez cette questions c’est que vous ne suiviez pas le fil : il est mort.
« Pratique d’un instrument musicaaal ?
-Hein ?
-J’ai dit : Pratique d’un instrument musicaaal ?
-Pardon ?
-Bon, on a besoin de musiciens, c’est tout. On a besoin de violonistes pour la Fête des Morts…
-Ah ben ouais… j’ai joué du violon de six à dix ans…
-Parfaiiit ! »
D’un œil perplexe, Juan regarda la secrétaire tout en os dans sa robe à fleurs qui remplissait ses papiers en marmonnant : Mort à 32 ans, embonpoint léger dû à la cerveza, … »
Puis elle appela un de ses collègues. Oui, la mort à beau ne pas être squelettique, les morts eux le sont.
« Manuel ? Dis à Paquita de me monter un Pain des Morts et un café. En fait, deux. Oui, deux pains et deux cafés. Nooon, pas quatre, deux de chaque. Parce que là, j’au quelqu’un qui a une tête de déterré, tu comprends… un nouveau quoi. Pâlot, oui. »
En raccrochant le téléphone, elle esquissa un sourire grimaçant… plutôt dur, sans chair, de sourire. C’est quelque chose à essayer.
Manuel, un gros sac d’os ventripotent (était-ce bien possible ?) apporta les cafés et les gâteaux sur un plateau en métal. Juan fit la moue car le café était aussi mauvais que son soluble ou tout autre breuvage de distributeur de la vraie vie. Le pain, par contre, ressemblait à une génoise au citron séchée et glacée de sucre vanillé… excellent. Juan le mangea pendant que la secrétaire remplissait un tas de paperasses à une allure inégalée.
Une fois qu’elle eut fini, la secrétaire lui demanda :
« Vous savez ou est la sortie, hein. Voilà votre visa de travail et une copie de tout votre dossier personnel.
-En fait, c’est la première fois que je meurs, vous savez.
-Ah, ben oui, c’est vrai. Il n’y a que les chats pour avoir neuf vies… Veuillez m’excuser. Je vais vous faire un visa de touriste valide jusqu’à l’an prochain. Comme ça, vous pourrez admirer notre beau pays des Morts… »
Une fois le petit carton vert salvateur dans ses os, Juan sortit selon les directives de la secrétaire en passant prendre un autre Pain à Paquita. La rue était celle d’une cité titanesque : quatre voies, d’immenses buildings, et… pas de voitures. Des milliers de morts jonchaient nonchalamment les rues, discutant, et se rendant à des attraction elles mêmes tenues par d’autres morts. Se la peinture sur crâne pour les plus jeunes, des combats de coqs déplumés ou quelques manèges ressemblant vaguement à des maisons hantées, tout ici faisait penser à une immense fête foraine. La grande porte en verre miroitant se referma derrière Juan dans un claquement. Il se tourna et poussa un petit cri, comme celui qu’il avait l’habitude de proférer tous les matins, en apercevant son reflet osseux dans la vitre. Il sentit presque son cœur battre, le flux de son sang pulser dans ses tempes. Un vendeur de glaces lui tapa sur l’épaule.
« Du calme, M’sieur. Vous l’inquiétez pas, ça le fait à tout le monde. Belle frayeur, hein ?
-Comment est ce que vous savez que je suis arrivé il y a peu ?
-Ah, ben vous êtes à nu.
-Hein ?
-Attendez… Vous avez les os à nu, vous êtes à poil, comme on dirait si on était vivants. Pense à t’habiller mec ! »
Juan se sentit rougir. Dans sa vie, les seules personnes qui l’avaient vu à poil étaient :
-Son père
-Sa mère
-La sage femme qui l’avait mis au monde
-Le chirurgien qui l’avait opéré des hémorroïdes
-Son meilleur ami parce qu’ils avaient essayé « ça » une fois
-Lui même
-D’éventuels voyeurs
-Ses petites amies.
Alors vous vous imaginez que Juan, qui n’était pas nudiste pour un sou, se retrouvasse complètement dévêtu au milieu de la plus grande fête du pays des Morts ? Inconcevable, que c’était. Il courut à l’intérieur de l’immeuble, et avec un peu de recherche demanda à Paquita des vêtements et un autre pain. Elle rit – elle était tête en l’air – et lui donna ce qu’elle avait oublié de lui remettre, autrement dit un jean, des chaussettes et des baskets, et enfin une chemise hawaïenne parce que le stock de T-shirts était écoulé.
La Fête des morts était splendide. Juan, émerveillé, goûta aux délices de la bière(**) morte, fit orgie de ce si délicieux Pain, dansa en boîte avec des amis tout frais dans un joyeux cliquetis collectif, si confus qu’il rappela à Juan une troupe de danseurs de claquettes irlandaises probablement sous exctasy qu’il avait vu lors d’une fête de comté. Quoi qu’il en soit, il n’y avait plus rien à comprendre, il suffisait de s’amuser, le tout gratuitement. Jusqu’à son dernier instant, Juan n’oublia pas cette fantastique soirée, toute cette joie de vivre qui se dégageait, cette chaleur et aussi ces fabuleux éclairs qui éblouissaient la nuit, jaunes, bleus, rouges et oranges, verts et blancs. Certains en cercles, d’autres en colonnes qui montaient jusqu’aux étoiles. Des fleurs qui explosaient, des arbres tropicaux qui scintillaient puis se fondaient dans la fumée et les détonations.
Le lendemain, Juan avait mal au crâne. Très mal. Comme si un million de fourmis le grattaient de leurs mandibules, descellant les briques de son occiput, de sa fontanelle …
Trop de bière. Accoudé à son bureau, il avait de plus en plus de mal à se concentrer. Son visa touriste était valide jusqu’à la fin de l’an. Il s’était fait avoir, et travaillait déjà. Le Nouvel An mort était passé. Et comme vous vous en rappelez peut-être, Juan n’était pas du matin. Trier ces papiers lui était vraiment insupportable – surtout que c’étaient des actes de congés ou des demandes de visa touriste de plus de 24h. Vous vous demandez sûrement quelle est la finalité de l’histoire. La seule réponse à envisager, c’est qu’une histoire racontée par la Mort se finit abruptement et inutilement.
Fin.
Non, je plaisantais. Ce n’est pas a fin. Juan Calavera obtint un jour, à force de travail forcené, un congé de deux mois. Il se promena un peu partout et près de la Mer Morte rejoint un groupe de mariachis adeptes du surf. Il devint le violoniste du groupe, comme quoi, c’est la secrétaire qui donne la morale à l’histoire, quand elle parlait de l’importance de la pratique musicale.
Quand Juan eut assez de cette existence, il prit sa retraite, c’est à dire un billet pour le Dernier train. Il fit ses adieux au Pays des Morts, et fila vers l’Au-Delà. Ce qu’il vit…
(*) pour les non hispanistes - aussi dénommés boulets, ce que JD veut dire, c'est "Je crois que j'ai vu une lumière ... de l'autre coté de la rivière...". A savoir s'il faut traduire rivière ou fleuve, on s'en moque. rivière c'est mieux car ça rime.
(**) Faite avec des levures mortes, comme le Pain. Le Pays des morts est en effet en mjeure partie végétarien, à l'exception de l consommation d'os à moëlle. L'osso bucco est un plat très raffiné. Dernière chose, le système de digestion des morts reste à ce jour inconnu.
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-Les fourchettes, c'est cool.
-outsider au NTGA
-Chevalier (à la Petite Cuiller), Servant de Dame Azertipi de Penn-ar-Bed