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 La malédiction de Marlagne

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MessageSujet: La malédiction de Marlagne   Jeu 6 Juil - 18:49

Petit conte écrit par une médiéviste sur le forum des Compagnons du Cerf...


"La Malédiction de la Marlagne

L’histoire que je vais vous conter s’est passée il y a longtemps… dans un temps oublié des hommes…
En un lieu où l’on croit encore au sorcières, fées, mages et autres créatures … Bien sûr on ne croise pas, à chaque coin de rue, une sorcière ricanante, un nuton facétieux ou encore un sombre magicien…
Non…
Le jour, tout semble normal…
La vie s’écoule au rythme des saisons… comme partout ailleurs…
Mais, la nuit…
Nul, le soir venu, ne met le nez dehors sans porter sur lui qui une croix, qui un talisman, qui une antique amulette. Les femmes et les enfants, les filles surtout, restent confinés au coin de l’âtre dont la lumière et la chaleur bienfaisante réconfortent. Les bêtes, elles-mêmes, demeurent coites dans les étables ou les fenils.
Tous, semblent figés… redoutant mais attendant tout à la fois…
A chaque retour de la lune pleine, les volets se closent encore plus fermement. Et derrière les portes soigneusement barricadées, les familles bouchent le moindre interstice. Seul le trou de la cheminée reste béant… mais le feu bien attisé empêcherait, qui ou quoi que ce soit, d’entrer !
Cela fait maintenant sept ans, que chaque nuit de pleine lune, le village semble mort… Pas une lumière, pas un bruit si ce n’est le chuchotement des vieilles en prière, pas un mouvement hors les fumées s’élevant en ondulant…
Rien… Depuis que « celle-là » a lancé sur chaque famille du village, sa malédiction… « Celle-là », dont ils n’osent même plus dire le nom… « Celle-là » qui, chaque nuit, hante leurs rêves…
« Celle-là », c’est… ou plutôt c’était « La Jeanne »… la « vieille » Jeanne
Nul n’aurait pus dire son âge… Mais pour tous, elle avait toujours été vieille… Elle vivait à l’écart du village, à l’orée de la forêt de la Marlagne, la forêt sacrée, dans une modeste cabane dont le toit éventré par endroit, laissait échapper les chaumes à la moindre bourrasque. Elle ne descendait presque jamais au village, préférant la compagnie des animaux de la forêt à celle de ses semblables. « Depuis que la mort noire avait emporté son époux et ses enfants.. . Elle avait, disait-on au village, perdu la raison… »
Pourtant, elle s’y connaissait en remèdes. Pour chaque mal, elle savait les plantes dont elle fabriquait potions, tisanes ou onguents. De nombreux villageois avaient eu recours à ses services… La veille, encore, elle avait sauvé des fièvres la petite Amélie, la fille de 9 ans du Meunier, avec une potion à base de sauge… « La Jeanne, elle a le don, disait-on » « C’est une sorcière », chuchotait-on dans l’entourage de l’apothicaire que Jeanne et ses tisanes dérangeaient.
Or, le lendemain, un moine vint au village… Personne ne l’avait vu arriver… Sur le chemin venant de la vallée, personne ne l’avait croisé… Tout à coup… il fut là…. Sa silhouette d’épouvantail efflanqué aurait pu faire rire, si ses étranges yeux jaunes, luisant au fond de son capuchon noir, n’avaient été si effrayants… Il restait là… Planté au milieu du village… Silencieux…
Petit à petit, les villageois s’approchèrent intrigués…. Cet étrange moine dégageait une odeur écoeurante … indéfinissable… qui pourtant rappelait…
Soudain, il se mit à parler, sa voix, comme venue d’outre-tombe, glaça les sangs…
« Mes frères… la Bête est revenue… La Mort Noire rôde… La peste ravage la région… » Quelques-uns se signèrent, les mères serrèrent leurs enfants tout contre elles, un bébé se mit à pleurer…
La peste … La peste était de retour ! Ses derniers ravages étaient encore dans toutes les mémoires. Pas une seule famille n’avait été épargnée…
La mémoire, tout à coup, leur revint… cette odeur amenée par le moine… cette odeur… Cette odeur mêlée de peur et de mort… l’odeur de la Mort Noire.
Les femmes, leurs enfants accrochés à elles tentaient d’entraîner leurs époux… « Il faut partir ! » cria l’un. « A quoi bon ? » répondit l’autre. « La peste est partout ! »
« Mes frères, il faut vous repentir, reprit le moine, chassez le Malin qui vit au milieu de vous ! Et votre village sera peut-être épargné ! » Tous se figèrent… Puis un cri : « Oui, c’est cela… Chassons le Malin ! » Puis un autre : « Mais… comment… Où ? »
« Brûlez la sorcière !... Brûlez-là ! C’est-elle ! » vociféra le moine.
« Une sorcière… ici… chez nous ? » « C’est impossible, voyons »
« Si, la vieille Jeanne ! lança l’apothicaire, il ne peut s’agir que d’elle ! »
« Non, non, se mit à crier la jeune Amélie, Jeanne n’est pas une sorcière ! Elle m’a guéri ! Et toi aussi, bûcheron, elle t’a soigné lorsque tu t’es blessé avec ta cognée ! Et toi, blanchisseuse, elle t’a sauvée quand tu as failli y passer en mettant ton fils au monde ! »
Les villageois hésitèrent. C’est vrai qu’elle les avait presque tous soignés un jour ou l’autre… « Mais, justement, ce don…. Il ne peut venir que du Malin ! » reprit l’apothicaire
« Il faut la brûler ! » hurlait le moine...
« Oui !… A mort la sorcière ! Au bûcher ! Au bûcher ! » haranguait l’apothicaire !
«Non ! Non ! » hurla Amélie « Jeanne, Jeanne, sauve-toi ! » Mais ses cris se perdirent dans les hurlements des villageois déchaînés…
Ils se lancèrent, hurlants et menaçants, sur le sentier menant à la cabane de Jeanne qui, surprise dans sa cueillette de plantes pour ses remèdes, se laissa emmener sans résister…
En hâte, elle fut ligotée à un pieu fiché au milieu de la place du village… Des fagots, venus de toutes parts, furent rapidement entassés à ses pieds… Mais, au moment d’y bouter le feu… Personne n’osa s’avancer…Pas même l’apothicaire… Ce fut le moine, lui-même, qui l’alluma…
« Non, pleurait Amélie, Jeanne, non ! »
La voix de Jeanne s’éleva au milieu de la fumée et des flammes : « Amélie, ne pleure pas » dit Jeanne. « Mais vous… Vous tous... .Je vous maudis… Vous ne dormirez plus tranquillement une seule nuit !... Car un soir de pleine lune, je reviendrai prendre vos filles !... Toutes ! » furent ses dernières paroles…
Quand les flammes s’éteignirent, Amélie était toujours agenouillée … ses joues baignées de larmes…. Le moine, lui, avait disparu… Un vent glacial se leva d’un coup balayant les cendres… Seule restait l’odeur acre de la fumée… Sans un mot, les villageois, terrorisés, regagnèrent leurs maisons… La nuit venait de tomber…
Une première nuit d’angoisse….
Depuis, à chaque lune pleine, les villageois se barricadent, enfermant leurs filles, à double tour, dans leurs chambres dont ils ont cloué les volets… Ils restent là… Attendant l’aube… Espérant que cette fois encore, ils échappent à la Malédiction.
Mais, ce soir est plus étrange encore… La brume a doucement envahi le village, se faufilant partout… Lentement, venue de nulle part, elle s’est infiltrée jusque dans les maisons… Une brume étrange où se mêle la lueur blafarde de la lune pleine…
Derrière chaque porte, l’angoisse est plus forte encore que d’habitude… Ils ont compris… Ils savent que ce soir, Jeanne va revenir prendre leurs filles…
« Qu’elle vienne, nous saurons la recevoir » se vante l’apothicaire. Il faut dire que, pour protéger sa fille, il a engagé, à prix d’or, et armé quatre routiers passant par là.
Dans les humbles maisons, les pères, armés d’une faux, d’une hache ou d’une fourche se tiennent debout face à la porte close… Dans un coin de la pièce, les aïeules égrènent leurs chapelets… Tandis que les mères attisent à coups de soufflet le feu dans l’âtre… Mais, elles ont beau s’escrimer à souffler, seules quelques timides flammèches vacillent noyées dans une acre et épaisse fumée qui ne s’élève pas… Comme si la cheminée était obstruée… Les gorges piquent… Les yeux pleurent…
« Il faut ouvrir les fenêtres ! » « Non ! Pas maintenant, pas cette nuit… Nos filles ! » s’inquiètent les mères
Les hommes ont envoyé les femmes auprès des filles… Ouvrent portes et fenêtres puis grimpent sur les toits pour déboucher ces satanées cheminées ! Quand un cri de terreur retentit !
« Des rats ! » Dans les chambres des filles, les rats grouillent dans les lits ! « Les rats sont de retour ! Les bêtes du diable ! Ils amènent la peste ! » -Oui, ces rats qui pendant des décennies furent accusés de tous le maux, pilleurs de grenier, semeurs de peste-
« Au feu ! Jetons -les au feu ! »
Un brasier est, aussitôt, allumé sur la place et les pauvres bêtes y sont jetées par brassées ! Hommes, femmes, enfants, tous sont occupés à cette horrible besogne… Personne n’a remarqué l’absence des filles... Seule, Amélie, belle jeune fille de 16 ans, réveillée par le bruit et les cris, les a rejoint … Quand, une mère s’écrie : « Où sont nos filles ? » A ce cri, les villageois se ruent dans les maisons… Las, les chambres sont vides… Leurs filles ont disparu… La Malédiction… La Malédiction est accomplie…
L’aube se lève sur un village en pleurs…Soudain, un cri horrible vrille les âmes…Un cri de bête blessée… C’est la femme de l’apothicaire… au milieu des cendres… là où l’on a jeté les rats…elle a reconnu sa fille… toutes les filles du village sont là… Seule, Amélie a échappé au massacre…
Une par une, les familles, brisées de douleur, ont abandonné ce village maudit… Le temps et la nature ont effacé l’endroit des mémoires… Seul, non loin de la ferme de la Marlagne, au détour d’un chemin creux, demeure un pont qui ne mène nulle part… Je l’ai vu… enfant… en me promenant avec mon arrière grand-mère… Amélie.

Françoise Honnay (13 mars 2006)"
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MessageSujet: Re: La malédiction de Marlagne   Jeu 6 Juil - 19:05

Ce n'est pas très original , mais c'est si bien raconté !
Un vrai plaisir .
Mj lapinou
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