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 Le mot du Japon

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Kusanagi
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MessageSujet: Le mot du Japon   Jeu 3 Fév - 22:59

Je ne sais pas si vous connaissez (ou lisez) le journal "Courrier International" mais il on une rubrique que j'adore, qui s'appelle le "mot du Japon". Cette rubrique tourne autour d'un calligraphie, et d'un court article sur l'actualité et le Japon, par rapport à ce mot. J'ai décidé de vous faire partagé ces anedoctes... et qui sait, si ça vous fait réagir, n'hésité pas! lapinou

LE MOT DE LA SEMAINE - “HIGYÔ” : LA GRÈVE

Calligraphie de Michiyo Yamamoto

Quel est le sport dont se délectent les Français mais qui rebute l’archipel au point qu’il ne se pratique plus depuis au moins une vingtaine d’années ? La grève, bien évidemment ! Exercice d’échauffement élevé au rang de rituel sacré, elle est ici un préalable à toute négociation sérieuse ; là-bas, cela fait belle lurette qu’elle n’est plus envisagée comme un recours plausible, même dans les situations les plus désespérées pour les travailleurs et les salariés – la génération de Mai 68 elle-même semble avoir jeté aux orties une culture de la protestation dont elle était naguère porteuse. C’est donc à un phénomène rarissime que nous avons assisté : l’annulation de la totalité des matchs du week-end des 18 et 19 septembre, à la suite d’un mouvement social lancé par le Syndicat des joueurs professionnels de base-ball (752 adhérents). Pas un seul joueur sur le terrain, du jamais-vu depuis la création de la ligue professionnelle, en 1936 ! Il faut dire que, face à l’attitude bornée et hautaine des entreprises propriétaires des équipes – une caricature du méchant patronat comme on n’en fait plus –, la colère des joueurs, mais aussi du grand public, était arrivée à son paroxysme. Nul doute que
la grève qui en est résultée, surmédiatisée, a été vécue par nombre de salariés comme un débrayage par procuration, comme une action à la vertu cathartique. Il n’en reste pas moins qu’elle a également eu des effets bien réels ; les dirigeants ont dû céder devant la ténacité et l’intelligence du délégué général des joueurs, Atsuya Furuta. Un syndicat offensif, un leader talentueux et, surtout, la colère : trois ingrédients qui montrent qu’au Japon aussi la grève, c’est possible.

Kazuhiko Yatabe
http://www.courrierinternational.com/illustrations/article/2004/09/i27438726mot.gif

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 3 Fév - 23:47

je me souviens en terminale, en cours d'anglais, on a fait un text sur la "japanese strike". un exemple tout bête dans une entreprise, les ouvriers en grève étaient à leur poste, mais portait un brassard ou autre d'une certaine couleur pour signaler leur mécontentement. bref le texte n'avait rien de transcandant, mais je comprend que la grève des joueurs de baseball soit si suprenante et qu'on en parle chez nous !

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Ven 4 Fév - 12:18

Ouaiiiiiiiis vive le courrier international !
Quand j'étais abonné, c'était la première chose que j'allais voir !
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Kusanagi
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Sam 5 Fév - 20:37

Alors aujourd'hui, deux version pour un même mot... je les mets dans l'ordre chronlogique... vous allez comprendre pourquoi lapinou

"TSUNAMI" : LE RAZ DE MARÉE


Calligraphie de Michiyo Yamamoto

22 janvier 2004
Onde (nami) océanique s'engouffrant dans les baies servant de port naturel (tsu), le tsunami fut de tout temps redouté. Ainsi, l'un des premiers textes majeurs écrits en japonais, le Nihon Shoki ("Annales du Japon"), compilé en 720, fait déjà mention du raz de marée qui, après le séisme dit "de Hakuhô", ravagea en 684 la zone côtière, ouverte sur le Pacifique, où se trouve aujourd'hui le port de Susaki (voir la carte). C'est sans doute peu dire que, avec les typhons, les éruptions volcaniques et les tremblements de terre, les tsunamis égrènent les heures de cauchemar de l'histoire du Japon : si Dieu sait comme la nature peut être douce au Japon, elle n'a eu de cesse de rappeler aux hommes la vanité de leur prétention à la dompter, en libérant régulièrement une énergie fondamentale, le plus souvent dévastatrice, dont le caractère incommensurable est à l'origine du sentiment japonais du sacré. Comment en serait-il autrement dans un pays où, pour ne prendre qu'un exemple, on a enregistré 80 séismes de magnitude 3 et plus dans la seule semaine du 11 au 17 janvier ? Désormais, à n'importe quel moment peuvent advenir le tremblement de terre et le tsunami qui anéantiront l'immense Tôkyô. La peur, impalpable, est cependant omniprésente - mais sans être jamais associée à l'idée d'apocalypse, comme si les Japonais voyaient en la force déployée par la nature les prémices d'un renouveau, d'une renaissance. Le tsunami comme métaphore d'une table rase, n'était-ce pas d'ailleurs le message du plus beau film japonais de ces dernières années, Eurêka, de Shinji Aoyama ? S'il est un cataclysme que les Japonais appellent de leurs voeux, c'est bien celui-là, une déferlante qui débarrasserait la conscience des malaises de la modernité.

Kazuhiko Yatabe

6 janvier 2005
“Quand on met les émotions en mots, elles deviennent des mensonges. Attendez le rêve, Docteur. Abandonnez les mots. Les mots se transforment en pierres.” Ainsi parle Nimit, un chauffeur thaïlandais, pour consoler la Japonaise qu’il conduit dans les rues de Bangkok, peu de temps après le séisme de Kobe de janvier 1995. Ce Nimit est le personnage attachant et énigmatique d’une nouvelle écrite par le romancier Haruki Murakami en réaction au cataclysme qui dévasta sa ville d’origine (Après le tremblement de terre, éd. 10/18 ). Oui, les mots se transforment en pierres – surtout lorsque l’on tente d’évoquer, dans le cadre d’une simple chronique, une douleur aussi incommensurable que celle dont souffre aujourd’hui l’Asie du Sud. Contentons-nous donc de noter que le vocable japonais tsunami s’écrit avec deux sinogrammes, le premier signifiant le port, le second, la vague. Sur le plan phonétique, tsunami pourrait être une contraction de tsuyo nami, une forte vague. Rappelons aussi qu’en avril 1946 un raz de marée provoqué par un séisme survenu dans l’archipel des Aléoutiennes, en Alaska, ravagea les îles Hawaii. Les migrants japonais installés sur place parlèrent alors de tsunami ; l’expression fut reprise lors de la création, à Hawaii, du Pacific Tsunami Warning Center, en 1949, et entérinée comme notion scientifique à l’occasion d’un colloque international en 1963. Il est en tout cas deux mots d’origine japonaise – tsunami, mais aussi kamikaze – dont la trajectoire désormais nous trouble car leur diffusion accompagne les deux sinistres majeurs de ce début du XXIe siècle, l’un suscité par la nature (le 26 décembre 2004), l’autre par l’homme (le 11 septembre 2001). Deux mots sur lesquels l’année 2005 devra à coup sûr méditer.

Kazuhiko Yatabe

Un an entre les deux.... et en un an, on passe du Japon au monde... intérréssant, non? :ohayo:

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 17 Fév - 15:46

Beuh, ça vous inspire rien, le Japon? Bon, pas grave, je continue ma chronique quand même :ohayo:

“GÔBYÔ” : LA MALADIE DU KARMA



Calligraphie de Michiyo Yamamoto

“Avec cette maladie du karma, je ne peux ni emprunter les chemins habituels, ni traverser les villages”, raconte une vieille au visage ravagé par la lèpre lorsque le grand ethnologue et folkloriste Tsuneichi Miyamoto la croise, en 1941, sur une piste au fin fond d’une forêt de l’île de Shikoku. Cette rencontre, relatée dans un ouvrage qui a fait date, Les Japonais oubliés, témoigne de la terrible situation des lépreux de l’archipel, bannis du monde social depuis des siècles en raison d’une maladie considérée comme fatale, car provoquée par des méfaits commis dans une vie antérieure. Les altérations physiques causées par le bacille de Hansen sont alors pensées comme l’expression d’une souillure indissociablement corporelle et morale ; la lèpre – rai, en japonais, mot qui au Moyen Age désignait également les exclus – s’avère tragiquement exemplaire, en ce qu’elle montre la façon dont la discrimination s’ancre, au Japon, autour de l’opposition entre le pur et l’impur. Or, loin de combattre les idées reçues sur la maladie – en particulier celle sur son caractère héréditaire, qui venait renforcer la ségrégation –, l’Etat s’est longtemps comporté d’une manière scandaleuse. A travers trois lois d’inspiration eugénique (1907, 1931, 1953), qui n’ont été abrogées qu’en 1996, il a adopté une politique d’internement en vue d’une éradication non pas du bacille, mais des malades. L’avortement et la vasectomie ont ainsi été élevés au niveau d’une thérapie dans des “dispensaires” publics qui avaient tout du camp de concentration, au sein desquels les internés se voyaient contraints de renoncer à leur nom de naissance – comme si le pays, promoteur d’une modernité si nette, si clean, se devait de se débarrasser coûte que coûte de ses “impuretés”.

Kazuhiko Yatabe

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mer 23 Fév - 21:20

Pfiou ! Je savais que le traîtement réservé aux lépreux n'était généralement pas des plus tendres, mais de là à faire des lois là-dessus... Le 30 janvier dernier si je me souviens bien, c'était la quête pour les lépreux. Je l'ai faite à peu près 8 fois, eh bien j'ai pu constater que peu de gens savent non seulement que cette maladie est encore très répandue, mais aussi qu'il faut seulement 2€ pour qu'un lépreux ne soit plus contagieux, et à peine plus de 20€ pour qu'il soit définitivement guéri !

Marina, continue-le, ce sujet, il est bien !
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Kusanagi
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 7 Avr - 12:30

Alors, continuons (excusez moi pour la lenteur...) notre exploration politique, historique ou philosophique du Japon au travers de ses mots (et de ses maux?)

    “TÔA” : L’ASIE ORIENTALE

    Calligraphie de Michiyo Yamamoto

    Tôa : certains de nos lecteurs pourraient penser à une provocation de notre part. Cette expression, qui désigne l’Asie orientale, figurait en effet dans le slogan programmatique du régime militariste japonais, la “Sphère de coprospérité de la Grande Asie”, de triste mémoire. Un vocable qu’il faut donc manier avec des pincettes, lié qu’il est à l’invasion du continent asiatique par l’armée impériale. Si nous l’avons choisi malgré tout pour notre “Mot”, c’est parce qu’il n’en incarne pas moins le non-dit qui sape les prises d’initiative en faveur d’une communauté asiatique qui inclurait la Chine, la Corée du Sud et le Japon. D’un côté, une tendance, maintes fois soulignée ici : les dirigeants de l’archipel, contrairement à leurs homologues allemands, affectionnent les gestes qui laissent suggérer que le Japon d’aujourd’hui continue de chérir les démons du passé. De l’autre, un constat : en Asie, la construction de l’Etat-nation moderne a souvent été initiée par la lutte contre l’envahisseur nippon, si bien qu’en Chine comme en Corée le rejet du Japon est inscrit au cœur même du sentiment patriotique. Ainsi, où que l’on se tourne, le spectre de la Seconde Guerre mondiale plane – tant il est vrai qu’il demeure une ressource politique sûre, pratique et inépuisable, qui vient, dans un même mouvement, consolider les logiques nationales et éroder le désir de partager un espace commun appelé Asie. Nous rejoignons Immanuel Wallerstein lorsqu’il écrit, dans les pages du quotidien Nihon Keizai Shimbun, que “l’Asie orientale pourra sans doute jouer un rôle déterminant sur la scène économique. A condition qu’elle surmonte les contentieux politiques.” Certes. Mais veut-elle réellement les surmonter ? Là est toute la question.


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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Ven 8 Avr - 15:38

Intéressant, cet article ! J'ai étudié l'Asie orientale en cours de géo le mois dernier, et le prof ne nous a pas du tout parlé de ça !
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Loeayn
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Ven 8 Avr - 17:48

Eh nan, je te dis, les connaissances dispensées au lycée sont vraiment limitées, M'Dame, on se rend compte de ça a la fac, quand ils disent de désapprendre toutes les conneries qu'on nous à inculquées...

(petite explication : l'histoire à l'école et au collège c'est de l'édification pure et simple, au lycée on explique un peu plus les faits, mais les cours sont quand même assez filtrés... c'est pas pour ça que je crache sur l'ed nationale. je veux bien lui gueuler dessus, mais pas pour ça)
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Kusanagi
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Sam 9 Avr - 7:46

Loeayn a écrit:
Eh nan, je te dis, les connaissances dispensées au lycée sont vraiment limitées, M'Dame, on se rend compte de ça a la fac, quand ils disent de désapprendre toutes les conneries qu'on nous à inculquées...

(petite explication : l'histoire à l'école et au collège c'est de l'édification pure et simple, au lycée on explique un peu plus les faits, mais les cours sont quand même assez filtrés... c'est pas pour ça que je crache sur l'ed nationale. je veux bien lui gueuler dessus, mais pas pour ça)

En même temps, les profs, peuvent pas tout faire... *moi d'accord sur le fond, mais qui défend son bifteck.... Ouch *

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Sam 9 Avr - 20:28

Je sais, moi aussi j'aimerais en faire un gagne pain potable... Et c'est vrai qu'on peut pas tout faire, mais ce n'est pas les profs que je remets en cause, je pencherais plus pour un remaniement même de l'apprentissage tel qu'on le conçoit... mais bon.. je pense que ma voix sera noyée dans le volume de la voix du politique qui aura un micro si j'essaie de m'exprimer...
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 10:05

Aler, encore une balade au Pays du Soleil Levant... une p'tite tranche de vie, cette fois!


    “TSÛGAKU” : LE CHEMIN DE L’ECOLE

    Calligraphie de Michiyo Yamamoto

    A Tôkyô, j’habite un quartier, pourtant central, où le calme désuet ignore tout de la modernité urbaine, branchée et déjantée. Dans ma rue, non loin de l’école primaire, deux petits sanctuaires se font face, tellement minuscules, tellement ordinaires que personne n’y prête attention – quoique le dieu Renard, une des divinités qui résident en ces lieux, ait toujours droit à des fleurs fraîchement coupées. L’automne dernier, en sortant de chez moi, j’ai croisé un écolier qui déboulait d’une ruelle, avec son cartable ; sur sa poitrine figurait l’indispensable étiquette indiquant son nom et son adresse. Il avait aperçu, plus loin dans la rue, des camarades qui, comme lui, se dirigeaient vers l’école. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque, s’arrêtant net devant les sanctuaires, le petit bout de chou salua les divinités avant de reprendre sa course en hélant ses amis ! Séquence de Kie la petite peste, la BD culte d’Etsumi Haruki ? Scène banale d’un matin japonais ! Si effectivement peu d’enfants s’arrêtent devant ces sanctuaires (d’où ma surprise amusée), il est aussi une évidence : en voiture, ils ne les auraient même pas remarqués. Par bonheur, c’est à pied ou à bicyclette, en tout cas seuls comme des grands, que les écoliers se rendent en classe. Entre la maison et l’école, il n’y a pas, Dieu merci, que des assassins pédophiles ; s’y déploient tous les mystères du monde quotidien, dont les enfants découvrent la diversité bariolée jour après jour. Ce charme repose tout entier sur la confiance quasi miraculeuse que chacun accorde à ce quotidien-là. Je croise les doigts pour que jamais elle ne soit entamée.

    Kazuhiko Yatabe

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 16:18

Très joli celui là ! Il a une sensibilité particulière ce monsieur ...

Et j'aime bien ce truc de la culture asiatique d'avoir des sanctuaires un peu partout... et la vénération de plus !

J'adore . lovejap
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Meryt
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 16:53

Tiens, une question qui me vient en regardant les idéogrammes, Kusa :
ce sont des caractères chinois ou japonais ? et j'ai toujours cru que les japonais écrivaient horizontalement. Tu peux m'éclairer parce que je m'y perds un peu ?
( Confused c'est pas une question pour t'embêter)
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 17:46

Alors, les japonais utilise 3 "alphabets" pour écrire. Un venu de Chine, les Kanji, qui sont des idéogrammes... c'est ceux qu'on peut retrouver dans la calligraphie (mais pas forcément) et sinon, ils utilisent deux syllabaires.
L'hiragana, qui serait la véritable écriture japonaise, et le katakana, à l'origine écriture simplifiée féminine (enfin, simplifié.... les formes, hein!) puis écriture servant à transcrire les termes étrangers (nom, chose, etc...).
Les japonais écrivent verticalement ou horizontalemnt, et de droite à gauche. Les calligraphies sont le plus souvent verticales (influence de la culture chinoise).

Valà!

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 21:21

Merci beaucoup madame Laughing
* y a pas à dire, elle est extraordinaire ! comme dirait Francis Blanche : elle est vareuse, elle est vareuse ! hein ? ah non. Elle est tunique !!! *
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Mar 12 Avr - 21:41

Je passe juste pour dire que c'est une très bonne idée, cette rubrique, Kusa ! J'aime bien ces petis morceaux de vie japonaise et je reste toujours skotchée devant les calligraphies pour prendre le temps de les admirer en détails.
Merci Pititange
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Kusanagi
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Ven 29 Avr - 15:52

“INUNEKO” : LES CHIENS ET LES CHATS


Calligraphie de Michiyo Yamamoto

Dans la partie ouest de Tôkyô coule une petite rivière, la Zenpukuji-gawa. Les quais, aménagés en promenade bordée de parcs et de terrains de sport, sont particulièrement appréciés des habitants des quartiers avoisinants. Lorsque je suis à Tôkyô, je m’y rends moi-même souvent, pour fuir un moment l’effervescence de la capitale, mais aussi pour profiter des charmes du lieu, qui change de visage à chaque heure du jour et de la nuit.
A 5 heures du matin – avant que les quais ne soient pris d’assaut par les marcheurs et que les corbeaux, ces monstres d’insolence, ne prennent possession des lieux –, des lève-tôt nourrissent çà et là des chatons apeurés sortis d’on ne sait où, tandis que des retraités jouent déjà au shôgi, les échecs japonais. Plus tard dans la matinée, vers 8 heures, une fois débarrassées de leur mari et de leurs enfants, débarquent les épouses et leurs chiens, qui vont finir par se rassembler sur un vaste terrain vague. Curieux spectacle, en vérité, que de voir s’époumoner une trentaine de maîtresses de maison à la tenue impeccable, l’indispensable petit sac à crottes dans une main, une pelle dans l’autre, alors que les chiens s’échangent, eux aussi, les dernières nouvelles en se reniflant ! Deux groupes qui semblent s’ignorer, mais qui, ensemble, n’en constituent sans doute pas moins un univers entier ; je soupçonne que s’y faire accepter ne doit pas être une mince affaire, surtout lorsqu’on est un homme et qu’on n’a pas de chien ! Mais que ces dames et leurs fidèles compagnons se rassurent : nulle intention de ma part, simple promeneur, de venir perturber un moment de plénitude sans doute aussi rare et fragile que ceux proposés, disons, dans les salons viennois par l’aristocratie cacanienne chère à Musil…

Kazuhiko Yatabe

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 12 Mai - 13:39

Encore encore!! rien à redire.. j'ai vécu et je vis ces moments là mais pas à Tokyo (heureusement pour moi, quand je vois que des potes sont proches de la crise de nerfs à vivre là-bas) .. ça explique bien des petits bouts de vie au Japon..
taverne à quand un sujet sur le sake?
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 12 Mai - 15:26

Allez, pour faire plaisir à Totoro, j'ai retrouvé deux de ces charmantes chroniques tournant autour du vin... qu'il soit de raisin ou de riz champagne!

    "KYÛREKI" : L'ANCIEN CALENDRIER


    Tous ceux qui ont passé les fêtes du nouvel an au Japon vous le diront : rarement une société propose avec une telle intensité cette sensation magique qu'avec la nouvelle année tout redevient possible. Tous les rituels, petits et grands, qui émaillent les deux premières semaines du shôgatsu (le "mois juste") offrent la promesse d'une renaissance, d'une rédemption. Ainsi, l'un des grands plaisirs du 1er janvier est de lire, installé bien au chaud avec une coupe de saké, les cartes de voeux - que certains reçoivent par centaines - par lesquelles amis et connaissances vous souhaitent d'accueillir un beau printemps. Le printemps, alors que nous ne sommes qu'en janvier ? C'est précisément ce genre de décalage qui nous fait percevoir la nature complexe des ajustements accomplis par la culture japonaise lorsqu'elle fut confrontée à la civilisation occidentale, dans la seconde moitié du XIXe siècle. La sensibilité au changement des saisons, chevillée au corps nippon, perdure ; mais les impératifs de la modernisation ont imposé le calendrier solaire au détriment d'années rythmées au gré du cycle lunaire, dont le nom des mois, à lui seul, évoquait de façon toute poétique le lien profond entretenu avec la nature. De même, l'archipel jongle encore avec le système du gengô (ère), adopté en l'an 645, et l'ère chrétienne : on dira tout aussi bien que le passage de l'ancien au nouveau calendrier eut lieu en 1873 qu'en l'an 6 de l'ère Meiji. On peut voir dans cette manière de jouer avec les différentes temporalités un exemple de la complexité de la culture japonaise d'aujourd'hui, qui ne se laisse saisir ni en termes de coexistence entre tradition et modernité, ni en termes de syncrétisme. D'où son infini chatoiement... Bonne année à tous !

    Kazuhiko Yatabe


    "BUDÔSHU" : LE VIN

    Calligraphie de Michiyo Yamamoto
    Le vin serait-il en voie de "nipponisation", à l'instar de la bière et du whisky ? Délicate question... On se souvient que l'engouement, confinant à l'hystérie, pour le vin français en général et le beaujolais nouveau en particulier avait accompagné les années d'euphorie de l'économie nippone, faisant croire à son adoption définitive. Il n'en fut rien : la folle toquade n'a pas survécu à l'éclatement de la bulle spéculative du début de la décennie. Or, depuis que moult spécialistes ont vanté ses vertus médicinales, le breuvage, plébiscité par les femmes, est de nouveau à l'honneur. Signe de l'esprit erratique des Japonais, qui déjà oublient qu'ils dégustaient, à travers le vin, le goût douteux de l'argent facile ? Démocratisation d'une boisson longtemps associée à l'image perfidement efféminée de l'"honorable France" (o-furansu), France réservée aux happy few menant une vie insouciante ? Refus du saké et de la bière, en tant que symboles d'une sociabilité traditionnelle construite autour de la beuverie pure et dure ? Un peu de tout cela, sans doute. Quelques indices plaident, en tout cas, pour une certaine avancée de la culture du vin en terre nippone. Tout d'abord, on y trouve facilement du vin californien ou chilien, peu cher et de bonne qualité. Ensuite, signe encourageant, les Japonais sont en train de découvrir... le fromage, le vrai (au détriment du camembert danois en conserve). Reste à abandonner l'horrible mot wain (de l'anglais wine) pour celui, simple et noble, de budôshu ("alcool de raisin") : gageons que l'adoption du vin sera, alors, totale.

    Kazuhiko Yatabe

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 17 Nov - 0:43

Oh! Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas promenés le long des rivages de l'archipel du Soleil Levant arigato Milles excuses!!

Pour reprendre cette chroniques qui a (modestemnt) un certain succès, voici quelques parfums de là-bas! Toujours grâce à l'aide de courrier international et de son chroniqueur Kazuhiko Yatabe.

byebye

“SUMÔ” : LE SUMO


Calligraphie de Yukari Fujiwara

    Peut-être pensez-vous secrètement que les lutteurs de sumo – rikishi ou sumotori, en japonais – ne sont pas très sexy. Quelle est d’ailleurs la jeune fille qui accrocherait dans sa chambre un calendrier sur lequel posent des lutteurs ? Elle préférerait sans doute y voir figurer des rugbymen, et elle n’aurait pas tort : les rikishi ne représentent pas l’idéal masculin. Ils sont tout autre chose. Ils sont monstrueux, car leurs corps ont quitté les rivages rassurants de la normalité ; et angéliques, aussi – à l’approche du combat, leur peau ne se teinte-t-elle pas de rose, de ce joli rose dont se parent les chérubins bien dodus des peintres rococo ? Mi-monstres, mi-anges, ils portent souvent des noms qui renvoient à la montagne (yama), à la mer (umi), au dragon (ryû), au phénix (hô). C’est bien le moins, pour des êtres à qui revient, comme le rappelle l’anthropologue Shin’ichi Nakazawa dans Earth Diver, son dernier ouvrage, la noble et redoutable tâche d’épouser la Nature afin de l’amadouer. Paraître en sex-symbols est donc le cadet de leurs soucis : les rikishi sont en contact direct avec des forces terrifiantes, celles-là même qui ne cessent de montrer aux hommes, au Cachemire, à La Nouvelle-Orléans ou ailleurs, la fragilité de leur existence. Durant le rituel qui précède l’affrontement, levant haut leurs jambes l’une après l’autre, ils foulent le dohyô, le “ring” : ils détiennent un art inestimable, celui de contenir sous leurs pieds une nature indomptable, avant d’en faire jaillir l’énergie vitale dans une lutte intense mais néanmoins sublimée dont l’issue, à l’origine, importait peu. Un moment de pure beauté où l’on réaffirme la confiance en la vie sur cette Terre, en dépit de ses soubresauts qui, à chaque instant, menacent les humains.

    Kazuhiko Yatabe

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 17 Nov - 0:46

Un peu triste, en date du 29 septembre... mais je tiens aussi à rendre hommage, vu que je pille un peu cette chronique...

“UTA” : LE CHANT


Calligraphie de Michiyo Yamamoto

    Michiyo Yamamoto, amie de longue date, nous a quittés le mercredi 21 septembre. Sans elle, cette chronique n’aurait jamais existé. C’est elle qui lui a donné vie, en calligraphiant semaine après semaine, durant près de quinze ans, le Mot de la semaine. Michiyo n’était pas une artiste professionnelle appartenant à une école stylistique. Libres, les traits qu’elle traçait reflétaient d’autant mieux sa joie de vivre – tous ceux qui l’ont connue n’oublieront pas son rire – et ses réactions amusées ou indignées face au spectacle du monde. Michiyo prenait souvent son pinceau la nuit. Egalement chanteuse, elle avait dans ces moments-là pour compagnons Chet Baker, Piaf, Yosui Inoue et d’autres artistes qu’elle chérissait. Sa calligraphie tient véritablement du chant, celui qui vient du fond du cœur.

    Kazuhiko Yatabe, Hidenobu Suzuki, Claude Leblanc et toute l’équipe de Courrier international

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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 17 Nov - 0:50

Et une chronique au titre poètique, mais plutôt féministe, vous allez voir! Et vi, tout change, mais au Japon! lapinou

“TASOGARE” : LE CRÉPUSCULE


Calligraphie de Yukari Fujiwara

    "Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais vivons avec détermination !/Avançons encore, avant que la nuit ne tombe”, chante le groupe de rap Orange Range. La chanson pointe une évidence : le Japon, du moins celui qui a été porté par la modernité industrielle, est en passe de se transformer en “pays du Soleil-Couchant”. Sans doute faut-il se demander si l’on peut demeurer aussi confiant que l’est Orange Range, alors que, dans l’absolu, la situation des jeunes de l’archipel n’est guère réjouissante – il suffit de penser au déficit public, vertigineux, qu’il faudra bien combler un jour, ou encore à la réforme du système de retraite, qui désavantagera les actifs de demain. Mais, après tout, ces musiciens ont pour eux la jeunesse ; le crépuscule du modèle japonais finira bien par déboucher sur d’autres modes de vie que, précisément, les jeunes générations aujourd’hui explorent. Par contre, il revêt une tout autre signification chez les salariés baby-boomers, les derniers à avoir profité pleinement des institutions désormais chancelantes que sont l’emploi à vie et la famille nucléaire. Ils se retrouvent en effet piégés dans des façons de dire et de faire bien masculines, qui ont forgé leur être, mais dont ils savent qu’elles ont perdu de leur pertinence. Notamment auprès de leur épouse. De sorte que la retraite, synonyme de repli au sein du couple, s’annonce difficile : sous peine de rupture, ils vont devoir se prêter à un exercice de “socialisation par frictions”, expérience sans doute pleine de découvertes pour un jeune couple (voir Libres ensemble, de François de Singly), mais hautement périlleuse à soixante ans passés. En clair, ils vont devoir apprendre à faire, au minimum, le ménage… Si le soleil se couche, c’est bien sur le mâle nippon.
    Kazuhiko Yatabe

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Dernière édition par le Jeu 17 Nov - 12:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Jeu 17 Nov - 12:03

Génia, Marina... Quand j'étais abonné au Courrier International, je gardais cette rubrique pour quand j'étais énervé.

Merci.
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MessageSujet: Re: Le mot du Japon   Ven 18 Nov - 1:28

Aujourd'hui, une réflexion sur l'Histoire...

“NAIGAI” : LE DEDANS ET LE DEHORS

Calligraphie de Yukari Fujiwara

    Fondé en 1869 par les autorités de l’ère Meiji (1868-1912), le sanctuaire Yasukuni, en tant que dispositif central du shintoïsme d’Etat, est une usine à fabriquer des dieux : les soldats morts pour la patrie qui y sont célébrés se voient transformés en divinités (hashira). En ce sens, il s’agit bien d’un lieu de culte. Mais, par ailleurs, dès l’origine, celui-ci a fonctionné comme une machine à inclure et à exclure. Il faut rappeler en effet que son rôle de gestionnaire de la mémoire collective supposait simultanément l’éjection symbolique, hors de la communauté nationale, de Japonais (dont le charismatique Takamori Saigô, 1827-1877) qui, entre 1868 et 1877, s’étaient opposés militairement au pouvoir et à son armée de conscrits. Mais, d’autre part, il a d’office intégré les morts bouddhistes dans le cercle des divinités, le shintoïsme s’étant imposé comme la seule religion officielle du système impérial. Depuis, tout au long du XXe siècle, avant et après 1945, Yasukuni a procédé à un classement unilatéral des morts, dont les effets, complexes, s’étendent au-delà des limites actuelles de l’archipel, partout où des peuples ont eu à subir la domination coloniale japonaise. Ainsi, les victimes de Hiroshima et de Nagasaki ne sont pas honorées au sanctuaire, alors que celui-ci abrite par ailleurs les hashira de plus de 21 000 soldats coréens et taïwanais (de nationalité japonaise durant la période coloniale), contraints de côtoyer depuis 1978 l’âme des criminels de guerre. Une cohabitation incongrue, indécente, absurde, dont la seule conséquence, par la conception impérialiste de l’histoire qu’elle dévoile, est de renforcer la tension actuelle entre le Japon et ses voisins, la Chine et les deux Corées.
    Kazuhiko Yatabe

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