Fallait pas l'dire deux fois.
Nirvana
L'histoire de Nirvana est fortement liée à celle de son frontman charismatique, Kurt Cobain.
1/Le pré-Nirvana
Ce dernier passe son enfance dans la banlieue de Seattle. Ses parents divorcent très vite, et il se fait trainer un coup chez son père, un coup chez sa mère, ou sa tante, son grand-père... Musicalement, sa première rencontre marquante est celle des Beatles, à la radio. Il rêve alors de devenir musicien, et de voir (ou plutôt entendre) ses chansons passer à la radio. On lui offre alors un tambour, pour le plus grand bonheur du voisinage.
Son adolescence est marquée par des affrontements avec les jerks (archétype du champion de sport du lycée du coin) et des actes de rebellion intenses (du genre faire des tags du style "Jesus is gay" sur les murs de la ville, profondément croyante, où il vit). Niveau musical, il passe à la vitesse supérieure. Ses groupes phares sont alors les Sex Pistol, Black Sabbath, ACDC, Joy Division... Il se met finalement à la guitare. Hébergé par sa petite amie de l'époque, il passe des journées entières à s'entraîner (on le surnomme l'ermite). Là où il vit, la mode est plutôt aux post-hippies intellos et artistes et Kurt se dit qu'il y a quand même des baffes qui se perdent.
Il s'investit à fond dans la musique, et crée son premier groupe, Fecal Matters (je n'ose pas traduire), avec le futur batteur des Melvins (groupe hardrock indépendant culte aux U.S.). Kris Novoselic, un géant de deux mètres d'origine yougoslave, est impressionné par Kurt et le rejoint à la basse. Ils font ensemble un groupe de reprises des Creedence Clearwater Revival. Kris sera le second pillier de Nirvana.
Ils commencent à tourner ensemble, sous plusieurs noms, tous plus poétiques les uns que les autres : Throat Oyster, Windowpane, Ted Ed Fred, Pen Cap Chew... Finalement, Kurt opte pour Nirvana, non pas par considérations spirituelles, mais pour se moquer des pseudos-artistes-intellos-hippies précités. Le chemin vers la gloire peut commencer.
2/Les débuts du groupe
Lorsque Nirvana commence l'habituel chemin de croix de tout groupe inconnu et débutant (démos, concerts parfois devant dix personnes...) le monde musical s'apprête à mettre le rock qui tâche au placard. Les musiques électroniques et le rap ont la faveur des charts, et seuls deux groupes, Metallica et Guns and Roses, surnagent. Les petits groupes de la région de Seattle développent pourtant un nouveau genre, le grunge (littéralement, la crasse qui se coince entre les doigts de pied quand on se lave pas). Pour ceux qui trouvent ça crade, cherchez toujours l'étymologie de Jazz ou Funk... Le grunge donc, une musique qui se distingue par sa subtilité et son énergie. Et Kurt se dit que le succès de son groupe passera forcément par ce genre. Après avoir galéré pour trouver un batteur (ce sera Chad Channing, après 4 ou 5 autres gusses), le groupe prend un deuxième guitariste (Jason Everman). Le rôle de ce dernier se limitera à avancer les sous pour enregistrer l'album (650 dollars), et ce sans jouer une note dessus. Il quittera le groupe après une tournée et quelques prises de têtes avec Kurt. Et sans être remboursé. Sortie donc, du premier véritable album.
3/Bleach, the first record (1989)
Sorti chez Sub Pop Records, un petit label de Seattle, cet album est marqué par un son noir, grave, des paroles plutôt simplistes, et un style pas très mélodieux. A part "about a girl", une chanson magnifique qui brocarde son ancienne petite amie (période ermite), Kurt fait dans le lourd, pensant susciter l'intérêt autour de lui. Mais il fait à peine aussi bien que les autres groupes précurseurs du grunge (Tad, Mudhoneu...) et le disque se vend peu.
4/Chemin vers la reconnaissance (1989-91)
Pour se faire connaître, Nirvana enchaîne les tournées, poussant jusqu'à l'Europe. Il faut voir leurs concerts, avec Kris, le grand bassiste, qui joue pied-nu en regardant le plafond avec un air de boucher, tandis que Chad, le batteur, cogne sur ses futs dans un mouvement indescriptible de cheveux (non, ce n'est pas le Cousin de la famille Adams). Kurt lui, gueule joyeusement dans son micro, avant de bousiller ses guitares en fin de show, à la manière des Whos, contre la batterie (et le batteur si il a pas assuré). Et tant pis s'il n'y a plus de guitares pour le show du lendemain. Pourtant, malgré l'énergie qui se dégage de leurs shows, les Nirvana présentent des titres beaucoup plus mélodieux (tout en restant rock), comme Lithium , Polly ou Sliver.
Chad (non, pas le cousin La Chose) quitte le groupe avec le commun accord de Kurt. Il ne cognait pas assez fort, et voulait faire des trucs plus jazzy. C'est donc reparti pour la chasse au batteur, le batteur des Melvins assurant l'intérim. Lors d'un concert, quelqu'un ne s'en remet pas de la performance du groupe. Il s'agit de Dave Grohl, batteur disciple de John Bronham (le batteur de Led Zeppelin), et qui a déjà une petite réputation dans le milieu. Il passe une audition réussie, puis intègre le groupe. Ce dernier fait tourner ses démos, et un certain buzz commence à se faire autour du nom de Nirvana.
Ils attirent donc l'attention des maisons de disque, et se font "parrainner" par le groupe Sonic Youth (formation new-yorkaise déjà célèbre) qui les conseille. Ses derniers ont en effet quitté le monde underground pour signer chez la major Geffen. Malgré une offre d'un million (!) de dollars d'un concurrents, ils rejoignent aussi Geffen pour un cachet raisonnable. C'est parti pour l'enregistrement du second album, Nevermind. C'est aussi parti pour le grand amour chez Kurt, en la personne de la sulfureuse Courtney Love. Cette dernière, après une tentative dans le cinéma foirée, une première expérience dans le rock avec les Babies In Toyland, une vocation manquée de strip-teaseuse, perce finalement avec Hole (oui, la dame est poète), un bon groupe de rock composé à 75% de filles. Nevermind sort fin 1991.
5/Nevermind, le succès planétaire (1991).
Premier album chez Geffen, il se différencie tout de suite de son prédécesseur. Kurt assume ses prédilections pour la mélodie, même si le rock n'est pas mis de côté (certains titres, comme Breed, font carrément dans le Punk violent). Il y a bien-sûr les tubes potentiels (Lithium, Come as you are -sur lequel parient les dirigeants de Geffen- ou Drain You -ma ptite favorite), mais aussi, grande nouveauté, un titre interprêté seul, par Kurt, à la guitare acoustique (Polly). Pourtant, le succès vient de Smell Like Teen Spirit, un véritable hymne pour les ados US désabusés. Les college radios s'emparent du titre, et le font tourner en boucle. Le succès est complet (le disque se vend par cartons de 400 000 chaque semaine).
6/Le boulet de canon Nirvana (1992-93)
Dès le début de l'année, Nevermind caracole en tête des ventes. Le succès est tel que les autres majors partent à la chasse d'autres groupes grunges (Soundgarden, Meat Puppets...). Le groupe continue les tournées, poussant jusqu'au Japon, ou Hawaii (lieu de mariage entre Kurt et Courtney, les autres membres du groupe n'étant pas invités - ambiance, ambiance...). Le succès étant indéniable, l'actualité vient de derrière les coulisses. Kurt, accro à l'héroïne, entreprend une cure de désintoxication, sans succès. Pas de chance, sa femme est accro aussi, et légèrement enceinte. Les services sociaux américains s'emparent de l'affaire, et le couple risque la garde de sa fille, avant même sa naissance. Si rock-star n'est pas forcément une excuse pour se droguer, il faut aussi signaler que Kurt souffre de graves maux d'estomacs, devant lesquels les médecins sont impuissants. Seule la drogue arrive à calmer ses crises. Et Courtney ? Ben... Euuh... Ben...Lorsqu'elle accouche, Kurt se trouve dans le même hôpital, encore pour désintoxication.
Autre évènement, les MTV Video Music Awards. Kurt commence à chanter une chanson inédite, Rape me (viole-moi), devant les yeux médusés du Staff Mtv. Il est obligé d'arrêter au bout de quelques secondes, pour enchaîner sur un autre titre plus "correct" (ça, c'est autre chose qu'un ptit téton, ma brave dame). Dans les coulisses, il se fout sur la tronche d'Axl Rose (le leader des Guns and Roses). C'est assez jouissif pour être signalé.
Les fans, de plus en plus nombreux, attendent le prochain album du groupe avec impatience. Geffen leur lance en pâture Incesticide, une compil de faces-b, de titres rares et de reprises. Miam.
7/Incesticide, le dique coupe-faim.
Comme dit plus haut, c'est une compil de titres qui trainaient dans les fonds de tiroirs. Ils permettent de retrouver (ou de découvrir pour certains) le son de Nirvana lors de la période Bleach (Stain), de rencontrer des influances du groupes (Turnaround, Son of a Gun, Molly's Lips sont des reprises de Devo et The Vaselines), ou de voir les titres qui amèneront Nevermind (Sliver, Aneurysm). Il y a donc du très bon et du moins bon à se mettre sous la dent, surtout quand on voit certains inédits qui sortent sur des singles, et qui sont des petites merveilles (je pense surtout à Even In His Youth). Pour ceux qui veulent découvrir toute la subtilité du batteur des Melvins, roue de secours du groupe à plusieurs reprises, je conseille la chanson Dive, ma préférée de la galette.
8/Nirvana au zénith (1992-93)
Encore des concerts, et enfin le début de l'enregistrement du nouvel album. Les petits évènements s'enchaînent, bons (concert de charité pour les femmes violées pendant la guerre en Bosnie, la terre d'origine de Kris), et moins bons (hospitalisation de Kurt, pour... overdose d'héroïne). Finalement, sort In Utero (du nom d'un poème que Courtney avait composé pour Kurt). L'album devait initialement s'appeler "I hate myself and I want to die" (je me déteste et je veux crever), la réponse que Kurt adressait à tous ceux qui lui demandaient comment il allait, mais bizarrement, il risquait d'être mal interprêté.
9/In Utero (1993)
Avec un son beaucoup plus brut, plus dur que Nevermind (grâce à un mixage efficace), ça devait être l'album parfait tel que Kurt l'imaginait, même s'il en était plutôt déçu par la suite. Pourtant, les bons titres sont là : le fameux Rape Me précité, les tubes incontournables (Heart-Shaped Box, Pennyroyal Tea), la rage présente (Radio Friendly Unit Shifter, Scentless Apprentice), la mélodie aussi (Dumb, All Apologies). On a même droit à du Nirvana expérimental (Milk it) et du hardcore (tourette's). L'album est tout un programme :
il commence par ces mots "teenage angst has paid of well, now I'm bored and old" (ma colère adolescente a beaucoup donné, maintenant je suis vieux et fatigué - je traduis à l'arrache), sur Serve the Servants, pour se terminer par un titre caché, Gallons of Rubbing Alcohol flow through the strip, complètement déjanté. Il représente ce qu'il se passe dans l'esprit d'un drogué pendant son trip).
Kurt prend un guitariste pour l'épauler sur scène, un certain Pat Smear (ancien membre d'un groupe culte, The Germs). Il a un peu de mal à jouer et se souvenir des paroles, et se plante souvent sur scène.
Dans la foulée, le groupe passe à la célebre moulinette unplugged de MTV. Hop, j'enchaîne aussi.
10/MTV Unplugged In N.Y. (1993 aussi)
C'est peut-être assez peu connu, mais Kurt a gardé les Beatles comme référence, et vénère des groupes tels que R.E.M., ou des artistes comme Neil Young. Il s'imagine, plus tard, en songwriter, jouant seul et à la guitare sèche. Ce live lui donne l'occasion de voir ce qu'il vaut dans ce domaine. Et le résultat est une réussite. Les chansons du groupe passent très bien à la sauce acoustique (Come As You Are, About a Girl, All apologies), et les reprises sont choisies judicieusement (du Bowie, un blues traditionnel de LeadBelly). Cerise sur le gâteau, les frères Kirkwood de Meat Puppets (un précurseur du grunge) viennent jouer trois de leurs morceaux avec Nirvana.
11/Le début de la fin.
Nirvana a à peine deux véritables albums studios derrière lui, et pourtant il semble déjà être un vieux groupe. Son succès est indéniable, les rumeurs de split courrent, les gueulantes de Courtney avec les membres du groupe aussi. Au cours d'une tournée européenne, Kurt s'envoie un cocktail maison (un litre de champagnes et plein de puissants médicaments). Il rédige aussi une lettre de suicide, mais officiellement on parlera d'un accident. Peu de temps après, il rentre dans un centre de désintoxication, et entame aussi une démarche psychologique (qui consiste à inciter le patient à vouloir se sauver par lui-même). Ce traîtement aura l'efficacité qu'on lui connait, puisque peu après, il s'échappe du centre et regagne Seattle. Plus personne ne le reverra vivant. Il rejoint les tristement célèbres morts à 27 ans du rock (Jimi Hendrix, Robert Johnson, Jim Morrison, Brian Jones, Janis Joplin...). On parlera aussi de la "malédiction des Cobains" (deux oncles suicidés).
12/L'après Nirvana.
Courtney Love a vu la sortie du deuxième album de Hole, peut de temps après ce tragique évènement. Son titre est plutôt évocateur (Live through this - vivre malgré cela). Elle remportera un certain succès, puis continuera le rock (toujours avec Hole, puis en solo) et le cinéma (entre autres, People versus Larry Flint). Parmis les ex-membres de Nirvana, Dave Grohl va troquer sa batterie pour la guitare et le chant, et réussir une belle carrière encore en cours avec les Foo Fighters (Pat Smear l'accompagnera avant de prendre une retraite méritée). Kris Novoselic aura moins de réussite dans ses expériences suivantes. A noter aussi le parcours de Butch Vig (producteur de Nevermind) en tant que batteur de Garbage (oui, c'est un autre registre...).
Les fans auront aussi droit aux inévitables albums posthumes et coffrets d'inédits :
- From the muddy banks of the Wishkah : rassemblement de lives, censés retranscrire l'énergie du groupe sur scène. J'adore la version rock de Polly.
- Nirvana : le traditionnel best of, avec... un "vrai" inédit. A réserver à ceux qui veulent une petite compil des différents passages du groupe, et des "couleurs" de chacun de ces passages (pré Nevermind, Nevermind, In Utero, Unplugged).
- With the light outs / Sliver (the best of the box) : là par contre, c'est le plein d'inédits. Mais il y a des lives, des reprises, des versions acoustiques de piètre qualité. C'est à réserver au fan absolu (au pire, Sliver est le meilleur, en un cd, des trois cds du coffret "with the lights out").
Et encore, j'vous épargne des anecdotes, mes titres inédits préférés...