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| Auteur | Message |
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Meryt Dieu-Serpent

Nombre de messages: 1356 Localisation: Dans le naos du temple sur son coussin Date d'inscription: 26/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Mar 12 Avr - 19:21 | |
| Merci beaucoup madame * y a pas à dire, elle est extraordinaire ! comme dirait Francis Blanche : elle est vareuse, elle est vareuse ! hein ? ah non. Elle est tunique !!! * _________________ God Save The King... and Séléné
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|  | | Invité Invité

 | |  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Ven 29 Avr - 13:52 | |
| “INUNEKO” : LES CHIENS ET LES CHATS Calligraphie de Michiyo Yamamoto Dans la partie ouest de Tôkyô coule une petite rivière, la Zenpukuji-gawa. Les quais, aménagés en promenade bordée de parcs et de terrains de sport, sont particulièrement appréciés des habitants des quartiers avoisinants. Lorsque je suis à Tôkyô, je m’y rends moi-même souvent, pour fuir un moment l’effervescence de la capitale, mais aussi pour profiter des charmes du lieu, qui change de visage à chaque heure du jour et de la nuit. A 5 heures du matin – avant que les quais ne soient pris d’assaut par les marcheurs et que les corbeaux, ces monstres d’insolence, ne prennent possession des lieux –, des lève-tôt nourrissent çà et là des chatons apeurés sortis d’on ne sait où, tandis que des retraités jouent déjà au shôgi, les échecs japonais. Plus tard dans la matinée, vers 8 heures, une fois débarrassées de leur mari et de leurs enfants, débarquent les épouses et leurs chiens, qui vont finir par se rassembler sur un vaste terrain vague. Curieux spectacle, en vérité, que de voir s’époumoner une trentaine de maîtresses de maison à la tenue impeccable, l’indispensable petit sac à crottes dans une main, une pelle dans l’autre, alors que les chiens s’échangent, eux aussi, les dernières nouvelles en se reniflant ! Deux groupes qui semblent s’ignorer, mais qui, ensemble, n’en constituent sans doute pas moins un univers entier ; je soupçonne que s’y faire accepter ne doit pas être une mince affaire, surtout lorsqu’on est un homme et qu’on n’a pas de chien ! Mais que ces dames et leurs fidèles compagnons se rassurent : nulle intention de ma part, simple promeneur, de venir perturber un moment de plénitude sans doute aussi rare et fragile que ceux proposés, disons, dans les salons viennois par l’aristocratie cacanienne chère à Musil… Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Totoro sergent TCM


Nombre de messages: 31 Localisation: Kyoto, Nihon Humeur: Ingénieur en trucs qui font marcher les télés, les ipod et les ordinateurs Date d'inscription: 23/12/2004
 | |  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Jeu 12 Mai - 13:26 | |
| Allez, pour faire plaisir à Totoro, j'ai retrouvé deux de ces charmantes chroniques tournant autour du vin... qu'il soit de raisin ou de riz "KYÛREKI" : L'ANCIEN CALENDRIER 
Tous ceux qui ont passé les fêtes du nouvel an au Japon vous le diront : rarement une société propose avec une telle intensité cette sensation magique qu'avec la nouvelle année tout redevient possible. Tous les rituels, petits et grands, qui émaillent les deux premières semaines du shôgatsu (le "mois juste") offrent la promesse d'une renaissance, d'une rédemption. Ainsi, l'un des grands plaisirs du 1er janvier est de lire, installé bien au chaud avec une coupe de saké, les cartes de voeux - que certains reçoivent par centaines - par lesquelles amis et connaissances vous souhaitent d'accueillir un beau printemps. Le printemps, alors que nous ne sommes qu'en janvier ? C'est précisément ce genre de décalage qui nous fait percevoir la nature complexe des ajustements accomplis par la culture japonaise lorsqu'elle fut confrontée à la civilisation occidentale, dans la seconde moitié du XIXe siècle. La sensibilité au changement des saisons, chevillée au corps nippon, perdure ; mais les impératifs de la modernisation ont imposé le calendrier solaire au détriment d'années rythmées au gré du cycle lunaire, dont le nom des mois, à lui seul, évoquait de façon toute poétique le lien profond entretenu avec la nature. De même, l'archipel jongle encore avec le système du gengô (ère), adopté en l'an 645, et l'ère chrétienne : on dira tout aussi bien que le passage de l'ancien au nouveau calendrier eut lieu en 1873 qu'en l'an 6 de l'ère Meiji. On peut voir dans cette manière de jouer avec les différentes temporalités un exemple de la complexité de la culture japonaise d'aujourd'hui, qui ne se laisse saisir ni en termes de coexistence entre tradition et modernité, ni en termes de syncrétisme. D'où son infini chatoiement... Bonne année à tous ! Kazuhiko Yatabe "BUDÔSHU" : LE VIN Calligraphie de Michiyo Yamamoto Le vin serait-il en voie de "nipponisation", à l'instar de la bière et du whisky ? Délicate question... On se souvient que l'engouement, confinant à l'hystérie, pour le vin français en général et le beaujolais nouveau en particulier avait accompagné les années d'euphorie de l'économie nippone, faisant croire à son adoption définitive. Il n'en fut rien : la folle toquade n'a pas survécu à l'éclatement de la bulle spéculative du début de la décennie. Or, depuis que moult spécialistes ont vanté ses vertus médicinales, le breuvage, plébiscité par les femmes, est de nouveau à l'honneur. Signe de l'esprit erratique des Japonais, qui déjà oublient qu'ils dégustaient, à travers le vin, le goût douteux de l'argent facile ? Démocratisation d'une boisson longtemps associée à l'image perfidement efféminée de l'"honorable France" (o-furansu), France réservée aux happy few menant une vie insouciante ? Refus du saké et de la bière, en tant que symboles d'une sociabilité traditionnelle construite autour de la beuverie pure et dure ? Un peu de tout cela, sans doute. Quelques indices plaident, en tout cas, pour une certaine avancée de la culture du vin en terre nippone. Tout d'abord, on y trouve facilement du vin californien ou chilien, peu cher et de bonne qualité. Ensuite, signe encourageant, les Japonais sont en train de découvrir... le fromage, le vrai (au détriment du camembert danois en conserve). Reste à abandonner l'horrible mot wain (de l'anglais wine) pour celui, simple et noble, de budôshu ("alcool de raisin") : gageons que l'adoption du vin sera, alors, totale. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Mer 16 Nov - 22:43 | |
| Oh! Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas promenés le long des rivages de l'archipel du Soleil Levant  Milles excuses!! Pour reprendre cette chroniques qui a (modestemnt) un certain succès, voici quelques parfums de là-bas! Toujours grâce à l'aide de courrier international et de son chroniqueur Kazuhiko Yatabe. “SUMÔ” : LE SUMO Calligraphie de Yukari Fujiwara Peut-être pensez-vous secrètement que les lutteurs de sumo – rikishi ou sumotori, en japonais – ne sont pas très sexy. Quelle est d’ailleurs la jeune fille qui accrocherait dans sa chambre un calendrier sur lequel posent des lutteurs ? Elle préférerait sans doute y voir figurer des rugbymen, et elle n’aurait pas tort : les rikishi ne représentent pas l’idéal masculin. Ils sont tout autre chose. Ils sont monstrueux, car leurs corps ont quitté les rivages rassurants de la normalité ; et angéliques, aussi – à l’approche du combat, leur peau ne se teinte-t-elle pas de rose, de ce joli rose dont se parent les chérubins bien dodus des peintres rococo ? Mi-monstres, mi-anges, ils portent souvent des noms qui renvoient à la montagne (yama), à la mer (umi), au dragon (ryû), au phénix (hô). C’est bien le moins, pour des êtres à qui revient, comme le rappelle l’anthropologue Shin’ichi Nakazawa dans Earth Diver, son dernier ouvrage, la noble et redoutable tâche d’épouser la Nature afin de l’amadouer. Paraître en sex-symbols est donc le cadet de leurs soucis : les rikishi sont en contact direct avec des forces terrifiantes, celles-là même qui ne cessent de montrer aux hommes, au Cachemire, à La Nouvelle-Orléans ou ailleurs, la fragilité de leur existence. Durant le rituel qui précède l’affrontement, levant haut leurs jambes l’une après l’autre, ils foulent le dohyô, le “ring” : ils détiennent un art inestimable, celui de contenir sous leurs pieds une nature indomptable, avant d’en faire jaillir l’énergie vitale dans une lutte intense mais néanmoins sublimée dont l’issue, à l’origine, importait peu. Un moment de pure beauté où l’on réaffirme la confiance en la vie sur cette Terre, en dépit de ses soubresauts qui, à chaque instant, menacent les humains. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Mer 16 Nov - 22:46 | |
| Un peu triste, en date du 29 septembre... mais je tiens aussi à rendre hommage, vu que je pille un peu cette chronique... “UTA” : LE CHANT Calligraphie de Michiyo Yamamoto Michiyo Yamamoto, amie de longue date, nous a quittés le mercredi 21 septembre. Sans elle, cette chronique n’aurait jamais existé. C’est elle qui lui a donné vie, en calligraphiant semaine après semaine, durant près de quinze ans, le Mot de la semaine. Michiyo n’était pas une artiste professionnelle appartenant à une école stylistique. Libres, les traits qu’elle traçait reflétaient d’autant mieux sa joie de vivre – tous ceux qui l’ont connue n’oublieront pas son rire – et ses réactions amusées ou indignées face au spectacle du monde. Michiyo prenait souvent son pinceau la nuit. Egalement chanteuse, elle avait dans ces moments-là pour compagnons Chet Baker, Piaf, Yosui Inoue et d’autres artistes qu’elle chérissait. Sa calligraphie tient véritablement du chant, celui qui vient du fond du cœur. Kazuhiko Yatabe, Hidenobu Suzuki, Claude Leblanc et toute l’équipe de Courrier international _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Mer 16 Nov - 22:50 | |
| Et une chronique au titre poètique, mais plutôt féministe, vous allez voir! Et vi, tout change, mais au Japon! “TASOGARE” : LE CRÉPUSCULE Calligraphie de Yukari Fujiwara "Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais vivons avec détermination !/Avançons encore, avant que la nuit ne tombe”, chante le groupe de rap Orange Range. La chanson pointe une évidence : le Japon, du moins celui qui a été porté par la modernité industrielle, est en passe de se transformer en “pays du Soleil-Couchant”. Sans doute faut-il se demander si l’on peut demeurer aussi confiant que l’est Orange Range, alors que, dans l’absolu, la situation des jeunes de l’archipel n’est guère réjouissante – il suffit de penser au déficit public, vertigineux, qu’il faudra bien combler un jour, ou encore à la réforme du système de retraite, qui désavantagera les actifs de demain. Mais, après tout, ces musiciens ont pour eux la jeunesse ; le crépuscule du modèle japonais finira bien par déboucher sur d’autres modes de vie que, précisément, les jeunes générations aujourd’hui explorent. Par contre, il revêt une tout autre signification chez les salariés baby-boomers, les derniers à avoir profité pleinement des institutions désormais chancelantes que sont l’emploi à vie et la famille nucléaire. Ils se retrouvent en effet piégés dans des façons de dire et de faire bien masculines, qui ont forgé leur être, mais dont ils savent qu’elles ont perdu de leur pertinence. Notamment auprès de leur épouse. De sorte que la retraite, synonyme de repli au sein du couple, s’annonce difficile : sous peine de rupture, ils vont devoir se prêter à un exercice de “socialisation par frictions”, expérience sans doute pleine de découvertes pour un jeune couple (voir Libres ensemble, de François de Singly), mais hautement périlleuse à soixante ans passés. En clair, ils vont devoir apprendre à faire, au minimum, le ménage… Si le soleil se couche, c’est bien sur le mâle nippon. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E 
Dernière édition par le Jeu 17 Nov - 10:44, édité 1 fois |
|  | | Loeayn Oracle assistant-chef de la Pythie


Nombre de messages: 1742 Age: 23 Localisation: Ailleurs. Humeur: Ironique Date d'inscription: 24/11/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Jeu 17 Nov - 10:03 | |
| Génia, Marina... Quand j'étais abonné au Courrier International, je gardais cette rubrique pour quand j'étais énervé. Merci. _________________ -Les fourchettes, c'est cool.
-outsider au NTGA -Chevalier (à la Petite Cuiller), Servant de Dame Azertipi de Penn-ar-Bed
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|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Jeu 17 Nov - 23:28 | |
| Aujourd'hui, une réflexion sur l'Histoire... “NAIGAI” : LE DEDANS ET LE DEHORS  Calligraphie de Yukari Fujiwara Fondé en 1869 par les autorités de l’ère Meiji (1868-1912), le sanctuaire Yasukuni, en tant que dispositif central du shintoïsme d’Etat, est une usine à fabriquer des dieux : les soldats morts pour la patrie qui y sont célébrés se voient transformés en divinités (hashira). En ce sens, il s’agit bien d’un lieu de culte. Mais, par ailleurs, dès l’origine, celui-ci a fonctionné comme une machine à inclure et à exclure. Il faut rappeler en effet que son rôle de gestionnaire de la mémoire collective supposait simultanément l’éjection symbolique, hors de la communauté nationale, de Japonais (dont le charismatique Takamori Saigô, 1827-1877) qui, entre 1868 et 1877, s’étaient opposés militairement au pouvoir et à son armée de conscrits. Mais, d’autre part, il a d’office intégré les morts bouddhistes dans le cercle des divinités, le shintoïsme s’étant imposé comme la seule religion officielle du système impérial. Depuis, tout au long du XXe siècle, avant et après 1945, Yasukuni a procédé à un classement unilatéral des morts, dont les effets, complexes, s’étendent au-delà des limites actuelles de l’archipel, partout où des peuples ont eu à subir la domination coloniale japonaise. Ainsi, les victimes de Hiroshima et de Nagasaki ne sont pas honorées au sanctuaire, alors que celui-ci abrite par ailleurs les hashira de plus de 21 000 soldats coréens et taïwanais (de nationalité japonaise durant la période coloniale), contraints de côtoyer depuis 1978 l’âme des criminels de guerre. Une cohabitation incongrue, indécente, absurde, dont la seule conséquence, par la conception impérialiste de l’histoire qu’elle dévoile, est de renforcer la tension actuelle entre le Japon et ses voisins, la Chine et les deux Corées. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Lun 20 Fév - 21:18 | |
| LE MOT DE LA SEMAINE - “FUHAI” : LA DÉPRAVATION Calligraphie de Kyoko Morl Le 23 juillet dernier, vers 16 h 35, un séisme a frappé la partie est de Tôkyô, paralysant durant plus de quatre heures la totalité du réseau ferroviaire de la capitale. Bloqué dans une rame de la ligne Sôbu, j’en ai été quitte, ainsi que les autres voyageurs, impavides de bout en bout, pour un moment d’inconfort : ce jour-là, l’intensité du séisme a atteint “seulement” une magnitude de 5 sur l’échelle de Richter. Mais le tremblement aura été suffisamment intense pour que chacun expérimente, en avant-goût de LA grande secousse qui finira tôt ou tard par se manifester, la fragilité d’une mégapole dont l’heureuse urbanité dépend en dernier ressort de la confiance accordée par ses habitants à la compétence d’une multitude d’experts qui font tenir, en coordonnant leurs actions, des systèmes vitaux comme les transports ou l’information. En juillet, malgré la pagaille provoquée, la politique antisismique japonaise n’a pas été mise en doute – il y a eu peu de dégâts, et, surtout, nul n’était encore au courant de la sidérante dépravation du secteur de la construction. Un scandale récent – le maquillage du cahier des charges de dizaines d’immeubles récemment bâtis – non seulement plonge dans l’angoisse les particuliers et les professionnels qui en ont pris possession, mais a aussi pour effet d’anéantir ce qu’on pourrait appeler la foi moderne, cette croyance de chacun dans l’intégrité et le savoir-faire d’univers institutionnels auxquels on confie la gestion de pans entiers de sa vie. Il va de soi que l’habitat représente un domaine crucial, a fortiori dans un archipel que touchent 20 % des séismes de magnitude 6 et plus. Les ingrédients sont dorénavant réunis, hélas, pour que s’installe la panique. _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Sam 2 Fév - 18:43 | |
| En ces temps de panique boursière et autres, finalement, le Mot du Japon de la semaine de Courrier International est bien choisi... “KIBÔ” : L’ESPOIR  Calligraphie de Kyoko Mori Si l’on en croit le quotidien Asahi Shimbun, qui, depuis octobre dernier, publie une série d’éditoriaux sur le thème de l’espoir, 370 albums sortis en 2007 ­faisaient figurer dans un des titres de leurs chansons le mot kibô – “espoir”, donc, en japonais. Bien sûr, musiciens et poètes ont de tout temps chanté des lendemains meilleurs. Mais tout porte à ­penser que, pour les Japonais, le sens de l’avenir a changé quelque part dans les années 1990, avec les modifications drastiques qui ont affecté leur présent suite à la crise économique et morale que l’on sait. C’est le sociologue Masahiro Yamada qui le premier a pointé du doigt l’existence au Japon d’une fracture sociale – dont il situe l’apparition en 1998 – dans un livre au titre évocateur qui pourrait être traduit comme suit : “une société qui distribue l’espoir de façon inégalitaire” (Kibôkakusa shakai, 2004). Ce que met en avant le chercheur, ce n’est pas seulement la fin de la classe moyenne et son éclatement en deux groupes, les nantis et les pauvres ; dans le Japon d’aujourd’hui, il y aurait, d’un côté, ceux qui ont accès à l’espoir et, de l’autre, ceux qui ont pour ainsi dire intérêt à ne plus espérer. Les nouvelles configurations institutionnelles, que ce soit au travail, à l’école ou au sein de la famille, ne permettent plus aux personnes les plus fragiles de planifier leur vie ; elles les dépossèdent désormais du sentiment de pouvoir s’engager avec confiance dans l’indéterminé – disposition pourtant indispensable pour penser l’avenir avec espoir, surtout si cet avenir se trouve enchâssé dans une vision libérale de l’action humaine qui valorise non pas tant l’effort que le résultat. Il va sans dire que la société japonaise paie un lourd tribut à cette vision ; les 30 000 cas de suicide annuels sont là pour l’attester. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
|  | | Pandora Vampiro-Jedi


Nombre de messages: 3189 Age: 28 Localisation: Dans la pièce au sommet de la Tour Sombre Humeur: Attend l'Illumination Date d'inscription: 25/09/2004
 | |  | | JohnCmyers Capitaine Aware du forum


Nombre de messages: 1678 Age: 28 Localisation: Un bled près de Valenciennes.... Humeur: Actuellement grèviste... Date d'inscription: 20/03/2005
 | |  | | Kusanagi Senseï-Administratrice


Nombre de messages: 4736 Age: 32 Localisation: sur le wired Humeur: CHIEUSE... Date d'inscription: 25/09/2004
 | Sujet: Re: Le mot du Japon Mar 12 Fév - 19:38 | |
| Le monde évolue, et les rubriques de Courrier International aussi... désormais, la calligraphie n'est plus uniquement japonaise, mais parfois, elle vient de Chine... c'est ainsi que le mot du Japon est devenu le mot de la semaine... mais il reste en majorité japonais. Sur les deu présenté, devinez leur origine... “Chengxin” : l’honnêteté  Calligraphie de Lin Minggang L’un composé des signes de la parole et de la réussite, l’autre de ceux de l’homme et de la parole, les deux idéogrammes du mot “chengxin” (honnêteté, confiance) montrent à quel point la parole compte pour un homme de culture chinoise. La formation de ce mot implique que la réussite résulte de l’honnêteté et que le crédit d’un homme est fondé sur ses paroles. Il évoque tout simplement le fait de dire la vérité. Cette qualité compte parmi les valeurs les plus fondamentales du confucianisme. Pourquoi un débat sur une vraie-fausse photo d’un vrai-faux tigre fait-il rage aujourd’hui ? Pourquoi les autorités locales persistent-elles à défendre le mensonge ? Pourquoi un tigre déclaré disparu passionne-t-il des millions d’internautes chinois ? C’est cette valeur qui est en jeu. En 2001, la dissertation de chinois au concours national d’entrée à l’université portait sur l’honnêteté. Les candidats devaient réagir à l’histoire suivante : un jeune homme voulant passer un gué porte sept paquets. Ce sont respectivement : santé, beauté, intelligence, connaissance, richesse, gloire et honnêteté. Pour l’amener sur l’autre rive, le vieux batelier lui demande d’abandonner un paquet. Après réflexion, l’homme jette à l’eau le paquet “honnêteté”. Il va de soi que les copies condamnaient majoritairement cet abandon. Mais peu de candidats se sont interrogés plus avant sur le choix du jeune homme. Or on pourrait conclure qu’il y a des moments dans l’histoire où l’honnêteté n’a pas la cote et où le mensonge triomphe. Si l’on revient à notre vrai-faux tigre, cette fable paraît soudain terriblement révélatrice. La société chinoise a-t-elle perdu honnêteté et confiance ? Les Chinois ne sont-ils pas à la recherche désespérée de ces valeurs fondamentales ? Chen Yan“NISE” : LE FAUX  Calligraphie de Kyoko Mori Tout étranger vit dans la duplicité. A l’image de l’éléphant que le dressage pervertit, représenté à droite dans le signe ci-dessus, il s’installe dans le faux car il cache sa véritable nature pour induire en erreur autrui – ici le Japonais, intègre par définition. C’est du moins le détestable postulat sur lequel repose le dispositif d’enregistrement des données biométriques mis en place à la frontière par Tôkyô le 20 novembre dernier. Dans le contexte de l’après-11 ­septembre, il est de bon ton de qualifier une telle démarche de “réaliste”, oubliant au passage l’attentat commis par la secte Aum en 1995, un mal engendré par la modernité japonaise. De fait, la nouvelle mesure tente de réintroduire la coupure ontologique entre, d’un côté, les nationaux, exemptés de l’obligation de se soumettre au test biométrique, et, de l’autre, les non-nationaux, terroristes ou immigrés clandestins en puissance. Elle exprime ainsi la nostalgie d’un temps où une tour panoptique appelée Etat parvenait à contenir les Japonais dans un espace national immaculé, pensé comme un vaste milieu d’enfermement qui les préserve des impuretés. Au service de cette impossible quête sont convoqués les outils d’une société de contrôle qui fait appel, selon la pénétrante analyse de Gilles Deleuze, au mot de passe, c’est-à-dire au chiffre, qui renvoie lui-même à des individus devenus des “dividuels”. En effet, le contrôle passe désormais par le recours à des banques de don­nées distantes qui ôtent à l’individu son caractère indivisible – procédure familière aux Japonais, pour lesquels la sensation d’exister dépend de plus en plus de la traçabilité de leur parcours et non de la mémoire, de la consultation de l’historique (au sens des logiciels) et non de l’Histoire, et donc du politique. Que la mesure du 20 novembre n’ait guère suscité d’émoi n’est pas étonnant. Kazuhiko Yatabe _________________ Choose Life! Quintuplette. I love Wall.E  |
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